Albrecht Becker, Arsch Ficker Faust Ficker, Exposition photographique

Le photographe allemand Albrecht Becker est mort le 22 avril 2002. Né en 1906, il fut l’un des rescapés de la répression engagée par le régime nazi contre les homosexuels à partir de 1933, au nom du sinistre paragraphe 175. Arrété en 1935 pour homosexualité, Becker fut emprisonné pendant trois ans à Nuremberg. Il raconte, dans le film (Paragraph 175, par Epstein et Friedmann, sorti en 2000), que, en rentrant chez lui, l’absence des hommes partis à la guerre ou en prison l’incita à s’engager dans l’armée allemande pour partir vers le front russe. C’est là qu’il se mit à faire des photographies. “Pendant la guerre, j’ai été blessé au bras, ce qui m’a sauvé, mais ma ville, Hambourg, a été entièrement détruite”. Entre 1957 et 1988, Albrecht Becker gagne sa vie en tant que chef décorateur, notamment pour des comédies musicales filmées. Mais depuis 1943, pratiquant sur lui-même le tatouage et le piercing, c’est la totalité de son propre corps que Becker a décorée, en modifiant peu à peu son apparence et en photographiant ses transformations. En 1999, le photographe français Hervé Joseph Lebrun présentait en France les images d’Albrecht Becker. Une nouvelle exposition vient d’ailleurs d’ouvrir à l’espace des Subsistances de Lyon (Body Limits, jusqu’au 18 mai) : Albrecht Becker est mort le jour du vernissage, à l’âge respectable de 96 ans.
Elisabeth Lebovici, Libération, 9 mai 2002.

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