Articles de presse

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BECKER BY LEBRUN
(GUILLAUME DUSTAN / E-M@LE)
Quand Hervé Joseph Lebrun, 35 ans, photographe, auteur d’une série de sodomies aux galets rencontre, au musée pédé de Berlin, Albrecht Becker, 92 ans, la pêche, peintre-photographe, autosado-maso, tatoué sur tout le corps depuis sa sortie des camps de la mort nazis (il a porté le triangle rose), paraffiné des couilles depuis les sixties, bref, gorissime, bref, body-artist, (ndc : body artist = cf Ron Athey, Orlan, Barry Flanagan, Cher, La Chose ou encore vous et moi les percés-tatoués-petits joueurs), c’est le coup de foudre ! Hervé Joseph prend Albrecht de partout-partout en photo bien sûr. Le résultat : 41 clichés à 4000 balles pièce (commencez à économiser, c’est de la valeur sûre), est visible pour adultes only, au 9 Guillemites, du 21 janvier au 11 février. Vernissage jeudi 21 à 18h. Pour approfondir : en allemand, la bio illustrée d’Albrecht : Fotos sind mein Leben : Albrecht Becker, Rosa Winkel Verlag, par Andreas Sternweiler (manifestez devant les Mots à la Bouche, ils le commanderont). Stop !

Guillaume Dustan.

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TATOUS ET TABOUS
(LIBÉRATION 25 JANVIER 1999)
Photo.
En 1936, Albrecht Becker qui s’était fait remarquer en posant nu pour divers photographes, est arrété pour homosexualité par la police du Reich. En 1939, on lui propose de le libérer à condition qu’il s’engage dans l’armée. En 1941, il est envoyé sur le front russe. C’est là qu’il commence à se tatouer le corps, lui-même, avec de l’encre et des aiguilles. Après la guerre, il est chef décorateur dans les studios de cinéma de Hambourg, un monsieur bien avec une drôle de vie sous ses complets chics : Albrecht Becker a fait de son corps un palais idéal du facteur Cheval, le déformant quand il ne pouvait plus le peindre (notamment avec des injections de paraffine). Le photographe a rencontré cette célébrité de la scène allemande à Berlin. Il expose à Paris de grands portraits en noir et blanc de Becker, crus et tendres, que certains pourront trouver dérangeants et propose une partie des archives du vieil homme, âgé aujourd’hui de 92 ans, qui s’est déplacé pour l’occasion. Les modern primitives paraîssent tout à coup bien raisonnables.Hélène Hazéra.

Libération.

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La photographie n’a toujours pas vraiment réussi à réellement dépasser le cap de la “femme objet de nos fantasmes”, mais les choses bougent et bien des tabous sont tombés. Il n’en va pas de même en ce qui concerne le corps de l’homme, malgré ce que veut nous faire croire la pub. Là, les blocages sont encore très présents, et il faut donc saluer ceux qui parviennent à le dépasser. C’est pourquoi nous attirons l’attention cette semaine sur le site d’ Hervé Joseph Lebrun. Ce photographe de 35 ans, architecte de formation, travaille essentiellement dans le milieu homosexuel, vivant du reportage pour des revues gays et la réalisation de photos érotiques. Mais, loin de reproduire les tics et les clichés, et de montrer comme trop souvent une image caricaturale, il poursuit une recherche esthétique ambitieuse, avec à la clé des photos de nus masculins qui, par leur justesse, leur sensibilité, l’équilibre entre virilité et tendresse, parlent à chacun de nous, homme ou femme, hétéro ou homo.
Au cours d’une exposition à Berlin en 1998, il rencontre un monsieur de 92 ans, Albrecht Becker, emprisonné avant-guerre par les nazis pour homosexualité, et qui à la libération, va tatouer totalement son corps. En sortira une série de photos qui est autant un travail sur le sado-masochisme que sur le devoir de mémoire. Provocateur mais salutaire. Notez enfin la qualité des reproductions d’Hervé Joseph sur Internet, ce qui n’est pas si courant.

Jack Tajtelbom (Canalplus.fr/Photonum)

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MARIE-CLAIRE CORDAT, PEZNER 1999
Hervé J. Lebrun est un photographe qui appartient à la mouvance d’un art fétichiste, art corporel, un art rebelle parce que il est lié à l’univers fantasque. Le mode photographique a le mérite de mêler intimement le monde magique, la part inconsciente de l’homme, avec un langage symbolique universel enrichi au cours des âges. Le corps est la mémoire de l’épopée humaine, il est le grand nostalgique des origines. De l’art pariétal des grottes (les mains à Lascau) à l’homme robotisé de Metropolis, on peut dire que le corps est “venu, qu’il a vécu, qu’il a vaincu” grâce à sa mémoire sensorielle, l’instinct de survie et il est également dépendant de l’actualité politico-économique. Le corps est au centre de l’ultime débat, le présent en devenir. Cet instinct intellectif est l’arme essentielle de l’existance humaine au quotidien. Le corps humain est le paradoxe, il est le lieu de combat où se disputent les montres et les anges. L’acteur Klaus Kinski, des films de Werner Herzog, où il est toujours question de survie dans le dépassement de soi-même, a écrit un livre au titre révélateur de la condition humaine “Crever pour vivre”. Les expressions corporelles notamment la souffrance, que je nomme le “suffering culture”, donnent un sens, une compréhension globale de la réalité “crue”, les films noir et blanc, les films muets, le cinéma de guerre, le cinéma en général comme le film documentaire ne seraient que des fictions vulgaires sans les rituels qui accompagnent le genre humain. Les grands comiques comme Charlot sont les acrobates remarquables, une démarche grotesque révèle un monde grotesque (Charlot dans Le dictateur montre que le protocole est un rituel, le monde politique un théâtre de l’absurde qui peut rapidement devenir un ” théâtre de la cruauté”). Dans un monde plein d’embûches il vaut mieux être un acrobate habile, le film d’action ne peut pas se passer de la performance des acteurs. Le rituel rend intime l’espace extérieur ramenant ainsi le monde en tant que vision panoramique à une fenêtre ouverte sur l’espace du dedans, l’espace viscéral.. Le mode photographique ne pouvait que inciter des artistes photographes à travailler sur le corps humain et son expressivité sensuelle, sexuelle. La photographie est par excellence un art fascinant (fascinus : phallus) de la réalité démasquée, qui oscille entre une mécanique du mystérieux (objets insolites) et une mécanique pratique (objets usuels). La vie est mouvement, ce mouvement est érotique ou thanatique. Il n’est pas étonnant qu’un certain nombre de personnalités artistiques se soient tourné vers un art porno-graphique qui est à mi-chemin entre le monde vulgaire, celui des sciences consommables, et le monde magico-spirituel (au sens large, liant le passé mystico-religieux de l’histoire humaine à la modernité de la crise sacrificielle au sein d’une société où la violence se cache sous les jupes des lois). Ces artistes ont une démarche particulière, l’art est une science expérimentale, une création impliquant la liberté d’action. Le monde superficiel se base sur le schéma reproductif, la rentabilité, l’homme en tant que denrée du système, une société qui s’emploie à fabriquer “l’intelligente machine et l’homme paraplégique”, tandis que l’art fétichiste ou art magique conjure le mauvais sort contre les démons du monde blanc en pulvérisant la montre de notre quotidien désenchanté comme une entorse à la règle, à tout dogme, c’est un art du dépassement, un art de la torsion, avant-gardiste, marchant déjà sur les ruines de la civilisation occidentale industrielle. Il est un art différent qui préfère la vraie laideur à la fausse beauté et surtout qui aime la justice et la contestation plutôt que l’esthétisme. Dire du travail photographique d’un artiste, que se sont de belles photographies est une critique ridicule, ce n’est même pas un compliment dans le sens ou aujourd’hui tout le monde peut faire de belles photographies, clic-clac merci kodak, non le bel art est laid comme une moule parce que le monde n’est pas beau, il n’est pas laid non plus c’est le degrés de réalité impliquant le sentiment de vérité, en un mot l’entendement, qui nous intéresse et qui peut juger de la beauté d’une moule ?
M.-C. C.

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